Le nuage passe la douane

BILLET – Comme lors de la catastrophe de Tchernobyl, certaines âmes crédules ou inconscientes s’évertuent à penser que la pollution respecte les frontières.

À Paris, comme dans de nombreuses grandes villes, on parle beaucoup du dérèglement climatique, un peu moins du reste. Normal me direz-vous, la météo pour le parisien c’est THE inquiétude, le sujet de conversation incontournable avec la recherche d’un bon restau’ et les pickpockets dans le métro. La sensibilisation se fait donc naturellement. N’en déplaisent aux scientifiques minoritaires, comme l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Claude Allègre, qui doutent de la responsabilité humaine quant au réchauffement planétaire et préfèrent parler de « complot climatique » très lucratif pour quelques uns. L’un n’empêche pourtant pas l’autre : si les lobbies surfent avec gourmandise sur le greenwashing, notre précieuse Terre est bien en train d’être secouée. Il suffit de constater les dernières inondations partout en France ou les crues record de la Seine ces dernières semaines, pour se rendre compte que quelque chose cloche.

Outre le climat, moult domaines impactant l’environnement sont ignorés par l’opinion publique, bien qu’étant tout aussi alarmants et fatalement liés. Tels que l’urbanisation forcenée, l’artificialisation des sols, la surexploitation des ressources ou la dissémination d’espèces invasives.

Pour faire simple : l’activité humaine et son industrie hyper active produisent toujours plus de CO2 (tout en supprimant toujours plus de capteurs de CO2, à savoir les arbres) ce qui perturbe le climat et provoque des pluies abondantes à l’origine d’inondations de plus en plus fréquentes. Là n’est pas le seul facteur. En bétonnant toujours plus de terres, l’homme installe un terrain idéal pour la submersion. La pluie, au lieu de pénétrer le sol, glisse sur le bitume et finit en torrent. Quand bien même il reste des terres cultivées et sans goudron, elles sont si éprouvées par les méthodes de l’agriculture intensive qu’elles se rétractent, empêchant l’eau de s’infiltrer suffisamment pour recharger les nappes phréatiques et nourrir le sol… C’est ce que Claude Bourguignon, agronome indépendant, dénonçait en 2006 dans le documentaire « Alerte à Babylone » (réalisé par Jean Druon pour Culture Production) et dont l’extrait ci-dessous est devenu viral sur le web.

Qu’on se le dise, il est grand temps que le parisien se responsabilise en s’intéressant à autre chose que la météo, les produits bio ou le vélib. Qu’il utilise son pouvoir d’électeur pour promouvoir des politiques réellement consciencieuses de l’enjeu environnemental, sans se laisser flatter par des opérations de com’ en forme de pansements sur une jambe de bois. D’autant que Paris, en tant que capitale-mégalopole, a un réel rôle à jouer. Ses occupants devraient être à l’origine du changement, or les derniers événements témoignent du statu-quo des consciences : trop occupé à scruter la Seine monter de quelques centimètres par jour, le parisien a détourné le regard des inondations qui ravageaient le pays. Pourtant l’eau, comme l’air que nous respirons, ne connaît aucune limite. Les deux s’infiltrent partout et tout le temps, rendant le fameux « effet papillon » (souvent utilisé à tort ou avec exagération) plus vrai que nature.

Tarik Boukhatem

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Un commentaire sur “Le nuage passe la douane

  1. Bravo pour ce billet plein d’humour qui dénonce une réalité consternante à savoir l’ignorance fainéante et énervante des pseudos écolos parisiens qui ne mesurent pas l’ampleur et la complexité de la problématique écologique, et qui feignent de s’y intéresser par souci de mode.

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