Les butineuses à l’honneur

Les abeilles de Montparnasse sont de retour à leurs ruches, chargées de pollen. (Photo : Sarah Belien.)
Les abeilles de Montparnasse sont de retour à leurs ruches, chargées de pollen.

REPORTAGE – À l’occasion du festival APIdays, les ruchers parisiens ouvrent leurs portes pour sensibiliser un large public à la sauvegarde des sentinelles de l’environnement. L’apiculteur référent accueille les visiteurs et leur dit tout sur la vie des ruches. Comment le miel est-il fabriqué puis extrait pour le plus grand plaisir de nos papilles ?  

Du 16 au 18 juin, Paris célèbre la deuxième édition de la fête de l’abeille mellifère (Apis mellifera) dans le cadre du APIdays, organisé en France par l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf). Ce projet remonte à 2005, suite au lancement de l’opération intitulée des « abeilles sentinelles de l’environnement », visant à installer des ruches en ville. APIdays, un joli nom pour un événement qui prêterait à sourire si la situation de cet insecte n’était pas si délicate.

Direction la tour Montparnasse – esplanade Jean-Tossan (15e) – pour visiter son rucher. La visite débute dans le hall où sont organisés différents ateliers : confection de bougies à la cire d’abeille, dégustation de miels, découverte du rucher et de la vie d’une colonie, visite d’une miellerie.

Le rucher est perché sur le toit du centre commercial Montparnasse Rive Gauche. (Sarah Belien.)
Le rucher est perché sur le toit du centre commercial Montparnasse Rive Gauche.

Face aux neuf ruches derrière de hauts panneaux de Plexiglas, Philippe Prat, apiculteur indépendant et référent du rucher de la tour Montparnasse, raconte la fabuleuse vie d’une monarque : comment une ouvrière nourrie à sa naissance de gelée royale pendant six jours, au lieu de trois, devient reine. Incroyable, l’abeille ne naît pas reine mais elle le devient. En effet, « cette consommation prolongée de gelée royale entraîne une modification de son patrimoine génétique ».

Quatre ou cinq cellules royales sont aménagées. La reine peut y pondre à son aise, l’équivalent de son poids par jour (soit presque 0,3 g si les conditions sont favorables). Alors que les mâles – appelés « faux bourdons » – et les ouvrières consomment pollen et miel, elle se nourrit de gelée royale.

La reine des apidés se balade sur le cadre, pendant que les ouvrières s’activent à la fabrication du nectar des dieux. (Photo : Sarah Belien.)
La reine des apidés se balade sur le cadre, pendant que les ouvrières s’activent à la fabrication du nectar des dieux.

« Rentrée à la ruche chargée de nectar, l’abeille le remet à une autre abeille » – en l’espèce il s’agit des magasinières, qui vont alors s’employer à le transformer. « Le nectar est d’abord ingéré et pendant près de vingt minutes passe du jabot à la bouche et de la bouche au jabot. Sous l’influence d’une sécrétion [l’invertine], le saccharose du nectar se transforme en glucose [et en lévulose]. Le nectar est ensuite placé dans une cellule que les ouvrières recouvrent d’un bouchon de cire, l’opercule. Là, il finit de se transformer en miel. Celui-ci contient 85 % de sucres… »

Tout au long de leur existence (variable selon les saisons, trente-huit jours en été et près de six mois en hiver), les abeilles sont tour à tour ouvrières, butineuses, magasinières, gardiennes, bâtisseuses et cirières. « Elles sont dirigées par la reine qui, par des sécrétions, leur transmet des ordres chimiques. Quant aux larves, elles occupent le couvain, qu’on peut comparer à une nursery. »
Les ouvrières parcourent de nombreux kilomètres entre leur habitat et les 2 000 à 4 000 fleurs (tilleuls, acacias…) nécessaires pour obtenir 40 grammes de cire. Habituellement, avec « un cadre de 40 grammes de cire, on récupère 1 à 2 kilos de miel ».

Philippe Prat enfume les bêtes rayées pour les disperser et avoir un accès plus facile aux cadres de la ruche. (Photo : Sarah Belien.)
L’apiculteur enfume les bêtes rayées pour les disperser et avoir un accès plus facile aux cadres de la ruche.

Philippe Prat ôte le surplus de cire à l’aide d’un large couteau et insère le cadre dans une centrifugeuse électrique. Après quinze minutes, on obtient un miel extra-frais. Il sera ensuite tamisé dans une énorme cuve pour ne récupérer que le nectar divin. « C’est un produit naturel, renchérit Philippe Prat, aucun exhausteur de goût, ni conservateur ne sont ajoutés. »

Lire aussi : « Frelon d’Asie : la capitale contre-attaque »

Selon la préfecture de Paris, il existe en 2015 environ 700 ruches dans la capitale, soit « 1 500 bêtes rayées en hiver et entre 50 000 et 60 000 en été ». Les abeilles contribuent à la pollinisation de 80 % des fleurs et des fruits de notre planète, nous permettant à la fois de préserver la faune et la flore et de consommer fruits et légumes.

Philippe Prat relève la grille de sa combinaison et pénètre dans le rucher. À mains nues, il soulève le toit puis la partie haute de la ruche. Il retire ensuite, à l’aide d’une pince, un cadre de cire où grouillent des centaines d’ouvrières, des faux bourdons et la reine.

La récolte de miel sur Paris sera très faible, voire nulle, cette année, du fait du manque de soleil et des pluies diluviennes (une situation inédite depuis 1916). Prat précise même être « contraint de nourrir les abeilles avec du sucre de glucose ».

Les abeilles chargées de pollen arrivent tour à tour aux portes de leur ruche. (Photo : Sarah Belien.)
Les abeilles chargées de pollen arrivent tour à tour aux portes de leur ruche.

L’arrivée de l’été et de ses beaux jours pourrait laisser présager une production de miel plus élevée en septembre. Frais, cet élixir tonifie, cicatrise et possède un certain pouvoir antiseptique. On aurait tort de s’en priver.

 

Texte de Valérie Coat
Photos de Sarah Belien
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