Frelon d’Asie : la capitale contre-attaque

Une abeille domestique (à gauche) et un frelon à pattes jaunes, ou frelon asiatique, deux fois plus gros et toutes mandibules dehors, prêt à dévorer sa proie – D.R.
Une abeille domestique (à gauche) et un frelon à pattes jaunes, ou frelon asiatique, deux fois plus gros et toutes mandibules dehors, prêt à dévorer sa proie. (Photo : DR.)

ENVIRONNEMENT − Réel danger pour la biodiversité, le Vespa velutina se nourrit d’insectes pollinisateurs. Désarmés, les apiculteurs déplorent l’absence d’une lutte coordonnée au niveau national et un manque évident de moyens financiers pour combattre cet hyménoptère. Pour autant, ils ne se laissent pas abattre et font preuve d’imagination pour le capturer.

Le rucher du bois de Vincennes (12e) est menacé par une invasion de frelons asiatiques. Sans doute arrivé de Chine il y a onze ans, ce prédateur est dangereux pour l’abeille mellifère. En vol stationnaire devant l’entrée de la ruche, il attend sa proie, chargée de pollen. Sa cible en vue, il fonce sur elle. Dans ce combat inégal et perdu d’avance, l’ouvrière est démembrée. Sa tête, riche en protéines, ravit son agresseur, qui réserve ensuite le thorax aux larves de son nid. Décimées, les colonies d’abeilles finissent par produire moins de miel.

Les conséquences de ces attaques massives sont catastrophiques pour l’activité des apiculteurs qui voient leur emploi menacé. Mais encore, selon l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), « la disparition de certains ruchers, fussent-ils de dimension modeste avec trois ou quatre ruches, réduit la fécondation des fleurs et les récoltes. La baisse importante du nombre de ruchers mais aussi des autres pollinisateurs conduit à une baisse de pollinisation et donc à une baisse de production agricole. Les producteurs de fruits, les maraîchers, les producteurs d’oléagineux sont particulièrement concernés… ». Rappelons que la contribution de la pollinisation par les abeilles dans l’économie mondiale dépasse les 150 milliards d’euros. Et que la disparition des abeilles d’Europe (d’après une étude relayée par l’Organisation des nations pour l’alimentation et l’agriculture) coûterait plus de 14 milliards d’euros à l’économie. Nos rayons, aujourd’hui riches, selon les saisons, en poires, pommes, cerises, artichauts, oignons, etc., se videraient peu à peu.

Régions infestées par le frelon d'Asie - source : Science et Vie.
Régions françaises infestées par le frelon d’Asie en 2009.  (Source : Science et vie.)

D’après l’Unaf, le front d’invasion du frelon à pattes jaunes progresse chaque année de 100 kilomètres environ. Malgré la menace, le gouvernement a classé le frelon asiatique en organisme nuisible de catégorie 2. Cette classification de danger sanitaire ne permet pas aux apiculteurs de bénéficier d’un plan de lutte coordonné au niveau national et d’obtenir les moyens financiers pour lutter efficacement contre cette espèce invasive. Ils supportent donc seuls le coût de cette lutte. Yves Védrenne, président du Syndicat nationale de l’apiculture (SNA), précise que « si les autorités françaises avaient pris les actions adéquates pour supprimer le frelon asiatique dès son signalement en 2005, l’Espagne, l’Allemagne… n’accuseraient pas la France de laxisme ». Et les apiculteurs ne se retrouveraient pas aussi démunis face à ce fléau.

Les professionnels du rucher-école du bois de Vincennes organisent de février à juin des destructions de nids de frelons d’Asie. On parle de « piégeage de printemps ». Capture de reines fondatrices, manipulation de produits chimiques… certains privilégient le système D, moins onéreux, en fabriquant leurs propres pièges à partir d’une bouteille en plastique.

Lire aussi : « Contre les frelons asiatiques, faites des pièges ! »

Pour piéger les reines fondatrices et les frelons, le président du SNA opte pour le mélange panaché, vin blanc et sirop de grenadine très apprécié. Ils seront pris au piège s’ils s’aventurent dans ce liquide mortel. Boire ou survivre, ces hyménoptères devront choisir ! Loin de faire l’unanimité, ces procédés sont contestés par certains protecteurs de la nature, qui préfèrent le jeu de la sélection naturelle.

 

Valérie Coat

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