Agricool ramène ses fraises à Bercy

AGRICULTURE – Des fruits sans OGM, sans pesticides et protégés de la pollution, c’est la promesse de la start-up française qui fait pousser des guariguettes en plein Paris. Consommer autrement, c’est aussi produire autrement : eux font dans l’ultra-local.

Paysans des villes

Depuis octobre 2015, un conteneur squatte les abords du parc de Bercy. À l’intérieur, c’est tout un système qui est mis en place pour permettre la culture de 3 600 fraisiers, le tout dans 24 m². Cultiver des fraises dans Paris intra-muros, c’est le projet militant de Gonzague Gru et Guillaume Fourdinier, tous deux fils d’agriculteurs et diplômés d’écoles de commerce. Pouvoir produire et vendre sur place fruits et légumes dans un espace urbain n’est pas qu’une simple curiosité, c’est aussi une potentielle solution d’avenir.

Les projets d’agriculture urbaine ne manquent pas à Paris. Les 29 et 30 juin se tient d’ailleurs la 3e édition des ateliers d’été de l’agriculture urbaine. Plusieurs visites sont prévues, notamment celle du potager occupant le toit du siège social de la RATP, dans le 12e. Il est donc possible de boire du vin, manger du miel ou des tomates d’origine 100 % locale à Paris. Ces systèmes en « circuit court » évitent, par exemple, de devoir acheter des fraises venant d’Espagne, issues de la surproduction, transportées dans des camions réfrigérés et souvent sans réelle saveur.

 

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Guillaume (à gauche) et Gonzague à l’intérieur de leur conteneur. (Photo : Agricool.)

Hydroponique = économique

En plus d’éviter tout type de dépenses et de pollutions liées au transport de la marchandise, les « agricoolteurs » (comme ils se surnomment) utilisent 90 % moins d’eau et d’engrais que l’agriculture classique. Cela est rendu possible par l’utilisation d’une technique de culture hors-sol (sans terre) très appréciée des cannabiculteurs : l’hydroponie. Avec ce procédé, les nutriments nécessaires sont apportés sans aucun gaspillage puisque ce qui n’est pas absorbé (ici, par les fraises) est recyclé.

La culture hydroponique permet également l’optimisation de la croissance et des rendements obtenus. Pour le conteneur d’Agricool, c’est 100 fois plus qu’avec une agriculture classique dans le même espace. C’est un mode de culture qui s’invite aussi dans nos foyers, Ikea ayant lancé ses propres kits pour cultiver salades et tomates, même dans son 20 m². L’électricité utilisée par les lampes LED est, elle aussi, de sources renouvelables, Agricool ayant passé un accord avec la société Enercoop. L’air est également filtré pour éviter toute pollution.

Bio : être ou ne pas être

Cependant, ces fraises ne sont pas labellisées bio. « Nous ne souhaitons pas devenir bio, On peut l’être et vendre des fruits du Pérou ce qui est pour nous un non-sens. Nous testons en parallèle actuellement la bioponie [hydroponie biologique, ndlr]  », explique Guillaume, cofondateur d’Agricool. De fait, la culture hydroponique n’est pas biologique car les nutriments fournis ne proviennent pas directement de la terre.

Si vous cherchez des fraises bio made in Paris, l’Association Française de Culture Hors-Sol a lancé l’opération « Paris sous les fraises » qui se déroule jusqu’en octobre 2016 sur les toits des galeries Lafayette. Il y pousse, sur 1000m², fraises et autres plantes comestibles sur des structures verticales fabriquées en matériaux renouvelables.

 

Le container Agricool, parc de Bercy - photo : Félix Delaborde
L’entrée du conteneur Agricool, parc de Bercy. (Photo : Félix Delaborde.)

Un début pour la start-up

Avec en prévision sept tonnes de production de gariguettes chaque année, on imagine bien le rendement d’un « champ » entier de « cooltainers » en pleine agglomération. Paris est un projet pilote pour Agricool qui cherche à s’exporter dans d’autres villes. Nous avons déjà pré-commandé nos fraises, et ça se passe ici si cela vous intéresse. Il vous en coûtera 3 euros la barquette de 250 grammes. En tout cas, le business modèle et la communication sont bien huilés, reste à savoir si la start-up participera vraiment à réinventer l’agriculture.

 

Félix Delaborde

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