« InchaAllah en 2024, les épreuves de natation se feront dans la Seine ! »

INTERVIEW – Maxime de Rostolan, directeur de « Fermes d’avenir  » et président de la plateforme participative « Blue bees  », est un ingénieur agronome œuvrant pour une agriculture saine et productive (l’agro-écologie). Interview d’un Parisien exilé et convaincu

Le Parisien est-il voué à demeurer un écologiste frustré ?

Je pense que le terme de « bobo parisien  » n’est pas à mettre au pilori, il y a beaucoup de gens qui sont contraints par leur formation ou leur environnement de continuer à vivre en ville. Avoir une démarche responsable, même en ville, c’est possible. Sans doute un peu frustrant effectivement, quand on voit, et j’ai pu moi-même le constater, la différence dès lors qu’on vit à la campagne, en terme de rythme de vie, de qualité de l’air, en terme de satisfaction visuelle aussi. Voir du vert, des arbres, tous les jours, c’est quand même autre chose. Les Parisiens ont malgré tout une vraie conscience et tentent de faire leur petit colibri* parce qu’il y a beaucoup de leviers dans la consommation, les déplacements, la sobriété… Il y a une vraie dynamique, un vrai besoin de retour à la nature.

Est-ce qu’on ne touche pas là au problème inhérent aux mégalopoles ?

Les mégalopoles représentent clairement un problème conjoncturel. On parle souvent du problème de logement, en France et dans d’autres pays, or ce n’est pas un problème de logement mais de concentration. On essaye tout le temps d’optimiser, remplacer du béton par du béton, toujours plus haut. Cette concentration est vouée à atteindre des limites, il faut impérativement se restructurer. Moi, je milite pour un exode urbain et j’espère que les métiers autour de l’agriculture vont pouvoir créer des filières désirables pour les jeunes afin qu’ils mettent en pratique leur rêve de retour, pas nécessairement à la terre, mais au bon air. Il faut que l’homme se fasse une vraie psychanalyse sur ce qu’il recherche, si on écoute des gens comme Pierre Rabhi, on comprend que le bonheur n’est pas forcément là et que c’est un peu une fuite en avant.

Pourquoi, malgré les récentes inondations, le lien de cause à effet du dérèglement climatique ne fait pas les gros titres ?

Eh bien parce qu’aujourd’hui l’espace médiatique est concentré autour de 70 personnes qui sont des politiques soi-disant élus, parce qu’Emmanuel Macron personne n’a jamais voté pour lui, qui monopolisent l’espace médiatique et ne s’intéressent qu’aux problèmes économiques en faisant croire qu’ils sont les seuls sachants… Ce n’est pas non plus que de la faute des médias ou des politiques, il y a aussi la population qui n’aime pas trop s’entendre dire que les choses vont mal, donc les médias répondent aussi en quelques sortes aux demandes des citoyens.

Vous avez été Parisien pendant de longues années, que pensez-vous globalement de l’implication écologique de la capitale ?

Je pense que pas mal d’efforts ont été faits pour mener la vie dure aux voitures, ce qui est une bonne chose et ça va continuer dans ce sens là. J’ai la chance de faire partie du comité d’excellence environnementale de Paris 2024, qui est l’organe qui va présenter une candidature pour les Jeux olympiques. On a pu débattre de tous les enjeux sur la qualité de l’air, l’approvisionnement en produits locaux et bio, et je pense qu’il y a une vraie volonté de faire avancer les choses. Si Paris ne le fait pas, peu de villes auront la motivation pour se lancer… Pour la COP 21, la maire de Paris a fait un beau rassemblement d’un millier de maires du monde entier qui s’intéressent aux dynamiques de transition. On peut arriver à de belles choses. Et inchaAllah en 2024, les épreuves de natation se feront dans la Seine ! C’est pas complètement validé mais c’est une idée qui est à l’étude et je pense que cela fera plaisir à monsieur Chirac.

Pensez-vous que le salut viendra du peuple ou des autorités ?

Il doit venir des deux. Je pense qu’il faut rentrer par toutes les portes. Les citoyens par leurs actes d’achats, leurs mouvements de manifestations ou de doléances, mais il parait indispensable que les politiques, et à travers eux les journalistes, jouent leur rôle et participent au changement, qu’ils comprennent que c’est systémique et qu’il y a des leviers à actionner. Je reprends la parabole du colibri, chacun doit faire sa part pour combattre l’incendie, mais nous avons aussi des pompiers, ce sont les politiques.

Transport, énergie, alimentation, qualité de l’air… quel est le domaine le plus alarmant sur Paris ?

(Il hésite) … Je crois que si tout Paris mangeait bio, ça serait déjà une belle chose. La qualité de l’air est un problème qu’on sous-estime beaucoup. Il y a également la résilience alimentaire, c’est-à-dire savoir s’adapter aux chocs, qui est très alarmant sur la capitale. Paris n’est pas résilient et c’est un vrai souci.

Tarik Boukhatem

*La parabole du colibri : un jour, dit la légende, un immense incendie de forêt se déclenche. Un petit colibri prend alors son envol et entreprend de l’éteindre en allant chercher de l’eau au lac. Pendant que les autres animaux, gros comme petits, restent impassibles, le petit colibri se démène pour récupérer quelques gouttelettes dans son minuscule bec et les jeter au feu. Le tatou, agacé, lui dit alors « Mais que fais-tu donc, sot colibri ? Tes misérables gouttes ne servent à rien. Tu ferais mieux de te chercher un abris » le colibri lui rétorque alors « Peut-être, mais je fais ma part ».

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